Ancien ministre gabonais des Eaux et Forêts, Lee White alerte sur les conséquences que pourrait avoir la dégradation du bassin du Congo sur le cycle de l’eau en Afrique. Pour lui, cette immense forêt joue un rôle bien plus large que la seule séquestration du carbone : elle participe directement au recyclage de l’humidité et aux régimes de précipitations du continent.
Une forêt au cœur du cycle de l’eau
Lee White compare le bassin du Congo à un «
cœur qui pompe l’Afrique », en référence à sa capacité à recycler et à
restituer d’importantes quantités d’eau dans l’atmosphère par le phénomène
d’évapotranspiration.
Cette humidité peut être transportée sur de
longues distances avant de retomber sous forme de précipitations. Le
fonctionnement du bassin du Congo dépasse ainsi les frontières des pays qui le
composent et pourrait avoir des conséquences sur l’agriculture, la sécurité
alimentaire et les ressources en eau à l’échelle régionale.
L’ancien ministre estime dès lors que la
disparition progressive des forêts pourrait constituer une menace majeure pour
l’équilibre hydrique du continent.
L’alerte sur la déforestation
« Si nous perdons le bassin du Congo à
cause de la déforestation », avertit Lee White, l’Afrique pourrait
être confrontée à des conséquences particulièrement lourdes, allant jusqu’à des
tensions autour de l’accès à l’eau.
Il évoque notamment l’hypothèse de 500
millions de réfugiés hydriques. Ce chiffre doit toutefois être
considéré comme une projection avancée par Lee White et non comme une prévision
scientifique faisant consensus.
Le mécanisme qu’il met en avant — le rôle des
forêts dans le recyclage de l’humidité et les précipitations — est, lui,
largement documenté par les travaux scientifiques consacrés au fonctionnement
des grandes forêts tropicales.
Le Gabon, un acteur majeur
Dans le bassin du Congo, le Gabon figure parmi
les pays disposant encore d’un couvert forestier particulièrement important.
Plus de 85 % de son territoire demeure couvert de forêt primaire, faisant du
pays un acteur central dans la préservation de cet écosystème.
Mais à l’échelle du bassin, la pression demeure
préoccupante. La disparition de centaines de milliers d’hectares de forêt
primaire chaque année alimente les inquiétudes sur la capacité de cet ensemble
forestier à continuer à assurer ses fonctions écologiques.
Pour Lee White, la question ne se limite donc pas
au climat ou à la biodiversité. Elle concerne également l’eau,
une ressource stratégique dont dépendent directement les populations et les
économies africaines.
Au-delà du carbone
L’ancien ministre critique également les
mécanismes internationaux destinés à rémunérer les efforts de conservation des
pays forestiers. À ses yeux, les bénéfices environnementaux produits par ces
forêts ne sont pas suffisamment valorisés financièrement.
« Les marchés carbone ont totalement
échoué », estime-t-il, remettant ainsi en question l’efficacité des
dispositifs actuels de compensation.
Derrière cette critique se dessine un enjeu plus
large : la nécessité de mieux reconnaître la valeur des services écologiques
rendus par les forêts du bassin du Congo.
Pour le Gabon, la préservation du couvert
forestier apparaît ainsi comme un enjeu à la fois environnemental,
économique et stratégique, dans un contexte où la sécurité hydrique
pourrait devenir l’un des grands défis du continent africain.






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