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Guinée-Bissau : les autorités interdisent un essai clinique sur 14 000 nouveau-nés financé par les États-Unis

Un projet de recherche sur la vaccination contre l’hépatite B chez les nouveau-nés ne sera finalement pas réalisé en Guinée-Bissau.

Guinée-Bissau : les autorités interdisent un essai clinique sur 14 000 nouveau-nés financé par les États-Unis

Le Conseil des ministres a confirmé, le 16 octobre, son refus d’autoriser l’étude portée par des chercheurs danois et financée notamment par des fonds américains. Au cœur de la controverse : les risques sanitaires et les questions éthiques soulevés par le protocole.


Le projet devait être conduit par le Bandim Health Project, affilié à l’Université du Danemark du Sud. Il prévoyait d’inclure 14 000 nouveau-nés répartis en deux groupes : 7 000 devaient recevoir le vaccin contre l’hépatite B dès la naissance, tandis que les autres auraient été vaccinés à l’âge de six semaines, conformément au calendrier actuellement appliqué dans le pays.

Les chercheurs souhaitaient comparer les conséquences des deux calendriers sur la mortalité, les maladies et le développement des enfants, avec un suivi sur plusieurs années.

Un protocole vivement contesté

L’étude a suscité de fortes critiques de la part de spécialistes de santé publique et d’experts en éthique. Leur principale inquiétude concernait le choix de différer la vaccination pour une partie des nourrissons, alors que l’hépatite B peut provoquer une infection chronique et entraîner, à long terme, des complications graves, notamment une cirrhose ou un cancer du foie.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’administrer la première dose du vaccin contre l’hépatite B le plus tôt possible après la naissance, idéalement dans les 24 heures. Dans un avis publié en février 2026, elle avait estimé que le protocole présenté publiquement soulevait d’importantes préoccupations scientifiques et éthiques, notamment en raison des risques imposés aux participants.

En Guinée-Bissau, où la prévalence du virus est élevée, la vaccination systématique à la naissance n’est pas encore intégrée au calendrier national. Les autorités prévoient son introduction à partir de 2028. Pour les opposants à l’étude, cette situation ne suffit toutefois pas à justifier le report d’une intervention préventive reconnue au niveau international.

Un financement américain de 1,6 million de dollars

Le projet avait bénéficié d’un financement de 1,6 million de dollars des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). D’autres contributions privées étaient également prévues.

Cette enveloppe financière a renforcé l’attention portée à l’étude, dans un contexte de désaccord entre les chercheurs, les autorités sanitaires et la communauté scientifique sur la pertinence du protocole.

Les responsables du projet défendaient l’intérêt de leur démarche scientifique. Cependant, les critiques estimaient que les risques imposés aux enfants n’étaient pas suffisamment justifiés au regard des connaissances déjà disponibles sur la vaccination contre l’hépatite B.

Perquisition et saisie de vaccins

Les tensions se sont accentuées après les déclarations du ministre de la Santé, Quinhin Nantote, selon lesquelles son département n’avait pas autorisé l’essai dans les conditions présentées publiquement. Les autorités ont rappelé que toute recherche impliquant des êtres humains, en particulier des enfants, devait respecter la législation nationale et les règles éthiques internationales.

Le 19 octobre, la police judiciaire a perquisitionné les locaux du Bandim Health Project à Bissau et saisi un lot de vaccins destiné à l’étude. Selon les informations rapportées par la presse, cette opération visait à clarifier les conditions d’acquisition, de transport, de conservation et de traçabilité des doses.

Les chercheurs ont précisé que l’essai n’avait pas commencé et qu’aucun nourrisson n’avait été vacciné dans le cadre du protocole.

Un débat entre recherche scientifique et protection des enfants

Le refus des autorités bissau-guinéennes met un terme au projet dans sa forme actuelle. Il relance surtout le débat sur les limites de la recherche médicale dans les pays où l’accès aux soins préventifs demeure insuffisant.

Si la recherche scientifique peut contribuer à améliorer les politiques de santé, elle doit également garantir la sécurité des participants et respecter leurs droits. Dans cette affaire, la question centrale reste celle de la justification éthique d’un protocole susceptible de retarder une vaccination recommandée pour des milliers de nouveau-nés.

Pour la Guinée-Bissau, l’enjeu dépasse désormais le sort de cette étude : il s’agit aussi de renforcer la prévention de l’hépatite B et de préparer l’introduction de la vaccination dès la naissance, conformément aux recommandations sanitaires internationales.


Paul-Emmanuel Ella
Reporter sportif
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