Au cœur du différend : le rapatriement de plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes d’exportation, les pertes de recettes publiques et la place des travailleurs nigériens dans le secteur.
Le bras de fer entre Niamey et ses partenaires pétroliers chinois franchit une nouvelle étape. Le Niger exige de la China National Petroleum Corporation (CNPC), de West African Oil Pipeline Company (WAPCO) et de la Société de raffinage de Zinder (SORAZ) des mesures correctives dans un délai de 45 jours. Les trois entreprises sont appelées à régulariser les manquements relevés par les autorités, sous peine de conséquences dont la nature n’a pas encore été précisée publiquement.
Selon les déclarations du ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, les irrégularités dénoncées concernent notamment le rapatriement de plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes issues des exportations pétrolières depuis avril 2024. Le gouvernement affirme que cette situation a privé le Trésor public de 17,4 milliards de FCFA de recettes et empêché les banques nigériennes de bénéficier d’importantes ressources financières.
Ces montants, avancés par les autorités, constituent désormais l’un des principaux points de tension entre l’État et les opérateurs chinois.
Le rapatriement des recettes au cœur du différend
Pour Niamey, l’enjeu dépasse la seule question des transferts financiers. Le rapatriement des revenus pétroliers est considéré comme un levier essentiel pour renforcer les recettes publiques, améliorer la disponibilité des devises et soutenir le financement de l’économie nationale.
Le gouvernement souhaite ainsi obtenir davantage de transparence sur les flux financiers générés par les exportations. Il entend également s’assurer que les ressources issues de l’exploitation pétrolière produisent des retombées plus importantes pour le pays.
Toutefois, les montants avancés par les autorités devront être examinés au regard des obligations contractuelles des entreprises et des éléments comptables disponibles. En l’absence d’un audit public détaillé, il convient de distinguer les griefs formulés par Niamey des éventuelles conclusions définitives sur les responsabilités des sociétés concernées.
L’emploi des Nigériens également sous pression
Les exigences adressées aux trois entreprises portent aussi sur la place des travailleurs nigériens dans la chaîne pétrolière. Les autorités réclament des avancées en matière de recrutement local, de formation et d’accès des nationaux aux postes qualifiés et de responsabilité.
Cette question s’inscrit dans un débat plus large sur les retombées économiques et sociales des investissements étrangers. Pour le gouvernement, l’exploitation des ressources nationales doit contribuer davantage au développement des compétences locales et à la création d’emplois durables.
Niamey souhaite également renforcer le contrôle des activités du secteur, notamment à travers une meilleure transparence des données financières et une vérification des informations relatives aux réserves pétrolières.
Un partenariat stratégique sous tension
La CNPC joue un rôle central dans l’exploitation pétrolière au Niger. WAPCO intervient dans le transport du brut par l’oléoduc reliant les installations pétrolières nigériennes au port de Sèmè-Kpodji, au Bénin, tandis que la SORAZ assure le raffinage à Zinder.
Ces activités sont déterminantes pour la production, l’exportation et l’approvisionnement du marché national. Toute mesure susceptible d’affecter leur fonctionnement pourrait donc avoir des répercussions sur l’économie nigérienne.
Le différend actuel intervient après plusieurs épisodes de tensions entre les autorités et des responsables chinois du secteur pétrolier, notamment autour des conditions de travail et de la représentation des salariés nigériens. Les discussions engagées entre les deux parties n’ont pas empêché l’apparition de nouvelles exigences.
Quelles conséquences au terme des 45 jours ?
À l’expiration du délai, le gouvernement affirme qu’il « tirera toutes les conséquences » du respect ou du non-respect de ses demandes. Aucune sanction précise n’a toutefois été officiellement détaillée dans les informations disponibles.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes. Elles permettront de mesurer la capacité des trois entreprises à répondre aux exigences de Niamey, mais aussi la volonté des parties de préserver leur coopération dans un secteur stratégique.
Pour le Niger, l’objectif affiché est de renforcer la maîtrise des recettes pétrolières et d’accroître les bénéfices économiques de l’exploitation de ses ressources. Pour les opérateurs chinois, l’enjeu est de répondre aux demandes de l’État tout en maintenant la continuité de leurs activités.
Au-delà de l’ultimatum, ce dossier pose une question centrale : comment concilier les investissements étrangers, les obligations des opérateurs et les exigences de souveraineté économique du Niger ?








Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir à cet article.
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les commentaires sont modérés avant publication.