Le groupe minier français prévoit une augmentation de capital de 500 millions d’euros, soit environ 328 milliards de FCFA, au quatrième trimestre 2026, avec le soutien de l’État français. Au-delà du sauvetage financier, cette opération soulève une question stratégique : quelles retombées pour le Gabon, dont le manganèse constitue une ressource économique majeure ?
Annoncée pour la fin de l’année 2026, l’augmentation de capital vise à consolider les fonds propres d’Eramet, confronté à des difficultés financières et à un endettement important. L’opération doit également permettre au groupe de préserver sa capacité d’investissement et de poursuivre ses activités industrielles.
L’État français, qui détient environ 27,1 % du capital avant l’opération, entend devenir le premier actionnaire du groupe, devant les intérêts de la famille Duval représentés par Sorame-CEIR. Cette évolution pourrait modifier les équilibres de gouvernance d’Eramet, sans pour autant signifier une nationalisation de l’entreprise.
Il convient toutefois de distinguer les deux niveaux : l’augmentation de capital concerne Eramet, et non directement Comilog. Les modalités définitives de l’opération détermineront la nouvelle répartition du capital et les conditions de gouvernance.
Comilog, un actif stratégique pour le Gabon
L’enjeu est particulièrement important pour le Gabon. Implantée à Moanda, dans la province du Haut-Ogooué, Comilog est l’un des principaux acteurs de l’exploitation du manganèse. Eramet détient 63,7 % de son capital, tandis que l’État gabonais en possède 28,9 %.
Le renforcement de la position française dans la société mère ne modifie pas automatiquement cette répartition. Il peut néanmoins peser sur les orientations stratégiques du groupe, notamment en matière d’investissements, de développement industriel et de valorisation des ressources minières.
Pour Libreville, la priorité consiste à faire en sorte que les intérêts du groupe et ceux du pays producteur convergent davantage vers des objectifs concrets : création d’emplois, développement des compétences nationales, recettes publiques et accroissement de la valeur ajoutée locale.
La transformation locale, un enjeu majeur
Le débat intervient alors qu’Eramet et la République gabonaise ont engagé des discussions sur le développement de la transformation locale du manganèse. Un protocole d’accord signé en juillet 2026 prévoit l’étude de plusieurs scénarios industriels visant à transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici à la fin de 2031.
Cette perspective pourrait ouvrir de nouvelles possibilités pour l’industrialisation du pays, à condition que les projets retenus soient économiquement viables et que les besoins en énergie, en infrastructures et en financement soient satisfaits.
Toutefois, rien ne permet d’affirmer à ce stade que les 500 millions d’euros prévus pour Eramet seront directement affectés à ces projets au Gabon. L’augmentation de capital vise d’abord à renforcer la situation financière globale du groupe.
Quel bénéfice concret pour le Gabon ?
La recapitalisation d’Eramet constitue avant tout une opération destinée à stabiliser un groupe stratégique pour l’industrie minière. Mais ses conséquences potentielles dépassent les frontières françaises, compte tenu de la place occupée par Comilog dans l’économie gabonaise.
Pour le Gabon, le véritable enjeu sera de convertir cette nouvelle configuration actionnariale en engagements industriels mesurables. La transformation du minerai sur place, le développement des fournisseurs locaux et l’amélioration des retombées économiques devront occuper une place centrale dans les discussions avec le groupe.
Au-delà des 328 milliards de FCFA mobilisés, une question demeure : le renforcement d’Eramet permettra-t-il au Gabon de franchir un nouveau cap dans la valorisation de son manganèse ? La réponse dépendra moins de la nouvelle répartition du capital que des décisions industrielles et des engagements qui suivront cette opération.








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