Dans une tribune publiée sur sa page Facebook, Yves Fernand Manfoumbi, ancien ministre du Commerce et des PME, estime que cet épisode doit servir de déclencheur à une réforme plus profonde de l’aval pétrolier.
Pour l’ancien membre du gouvernement, une rupture de carburant ne constitue pas uniquement un problème pour les automobilistes. Elle affecte directement les ménages, les transporteurs, les entreprises, les commerçants et, plus largement, les prix des biens et services. « Le carburant est un prix transversal de l’économie », souligne-t-il.
Passer de la gestion des pénuries à la sécurité énergétique
Yves Fernand Manfoumbi considère que la réponse ne doit pas se limiter à l’arrivée ponctuelle de cargaisons lorsque les stocks deviennent insuffisants. Il appelle à passer d’une logique de gestion de crise à une véritable politique de sécurité énergétique nationale.
Sa première proposition consiste à constituer un stock stratégique national, avec la définition d’un seuil minimum de sécurité pour l’essence et le gasoil et un mécanisme d’alerte permettant d’anticiper les importations avant toute rupture.
Il préconise également une modernisation durable de SOGARA et une meilleure sécurisation de l’ensemble de la chaîne, du raffinage au stockage, en passant par le transport et la distribution.
Une « tour de contrôle » pour anticiper les ruptures
Autre proposition avancée par l’ancien ministre : la mise en place d’une véritable « tour de contrôle de l’aval pétrolier ».
L’objectif serait de disposer quotidiennement d’une vision précise des stocks disponibles, des volumes en mer, des cargaisons commandées, des capacités de raffinage et des besoins prévisionnels.
Pour Yves Fernand Manfoumbi, cette capacité d’anticipation permettrait à l’État d’agir avant que la tension ne se transforme en pénurie et n’affecte directement les populations.
Carburant et pouvoir d’achat : un même combat
Dans sa tribune, l’ancien ministre établit également un lien direct entre sécurité énergétique et lutte contre la vie chère.
Une perturbation de l’approvisionnement peut, selon lui, avoir des répercussions sur le transport, l’alimentation, les livraisons, la pêche, l’agriculture et les petites activités économiques.
Il estime donc que protéger le pouvoir d’achat ne consiste pas uniquement à maintenir un prix accessible à la pompe. Il faut également garantir la disponibilité du produit et maîtriser les coûts liés à son acheminement.
La question de la subvention et des finances publiques
Yves Fernand Manfoumbi attire parallèlement l’attention sur le coût de la protection des consommateurs pour les finances publiques.
Il estime que les mécanismes de compensation entre le coût réel des produits pétroliers et le prix payé par les consommateurs doivent rester « maîtrisés, transparents et temporairement ciblés ».
Son raisonnement est clair : plutôt que de supporter durablement le coût des dysfonctionnements de la chaîne pétrolière, l’État devrait investir davantage dans les infrastructures permettant de réduire ces vulnérabilités.
« Mieux vaut investir dans le stockage, le raffinage et la logistique que payer indéfiniment le prix des ruptures », écrit-il.
Quatre objectifs pour une nouvelle doctrine
Pour traduire cette vision en mesures concrètes, l’ancien ministre propose notamment un objectif de 30 jours minimum de sécurité pour les principaux produits stratégiques, un tableau de bord quotidien de l’aval pétrolier, un plan national de continuité d’approvisionnement pour l’ensemble des provinces et un contrat de performance pluriannuel couvrant le raffinage, le stockage et la distribution.
Il appelle également à publier chaque année le coût global de la politique des prix des carburants, en intégrant les subventions, exonérations, éventuelles pertes de recettes, coûts logistiques exceptionnels et investissements publics.
Transformer la crise en réforme
Au terme de sa réflexion, Yves Fernand Manfoumbi considère la récente tension sur les carburants comme une alerte plutôt qu’une fatalité. Son propos vise ainsi à replacer la question de l’approvisionnement pétrolier dans une réflexion plus large sur la souveraineté énergétique, le pouvoir d’achat et la soutenabilité des finances publiques.
L’ancien ministre résume son approche autour d’un équilibre entre trois impératifs : garantir la disponibilité du carburant, préserver un prix soutenable pour les consommateurs et maîtriser le coût supporté par l’État.
Une équation qui, selon lui, doit désormais conduire à une réforme structurelle de l’aval pétrolier afin que les prochaines tensions ne se traduisent plus par une nouvelle crise pour les ménages et l’économie nationale.








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