Le festival « Gabon 9 Provinces » a ravivé le débat sur la place des identités culturelles dans la construction de l’unité nationale. Dans cette tribune, NDONG ASSOUMOU Romuald, alias Seïf Mostley, s’interroge sur la frontière entre fierté culturelle et ethnocentrisme, tout en plaidant pour une diversité assumée et respectueuse.
Les propos développés dans
cette tribune n’engagent que son auteur.
Le faux débat actuel !
J'ai suivi avec beaucoup de recul le festival
"Gabon 9 Provinces" pour la célébration de nos racines culturelles,
organisé par la structure #EntreNousBar. Cette belle initiative a occupé les populations durant
toute la saison des grandes vacances. Ce fut une belle tribune d'expression
populaire et de communion.
Cependant, à la tombée des rideaux, je suis assez
stupéfait de la virulence avec laquelle d'aucuns stigmatisent le G9. Des
insultes, du dénigrement, un cocktail qui m'étonne quand sans y avoir été, j'ai
pu apprécier le passage de toutes les provinces, notamment, le passage du G8 -
qui a été le meilleur de la saison selon moi. Comment comprendre alors
l'acharnement contre le G9?
Du temps de l'organisation par le Ministère de la
Culture d'un similaire, il y a encore quelques années la même situation s'est
imposée à l'opinion avec la même virulence et des accusations d'ethnocentrisme.
Dans cette adresse, je voudrais pour ma part dire
ce que cette organisation m'enseigne sur le Gabon des Peuples, des Cultures et
des Traditions, tout en invitant ceux qui en ont le pouvoir à prôner la
compréhension et l'ataraxie.
Dès lors, il faut effectivement se dire les
vérités, mais toutes les vérités ne doivent pas être dites sur le ton du
mépris. La lutte contre l’ethnocentrisme est légitime lorsqu’elle consiste à
considérer son groupe comme supérieur aux autres. Mais la fierté culturelle,
elle, n’est pas de l’ethnocentrisme. Aimer sa langue, ses danses, ses rites,
ses traditions, son histoire, ses symboles et la mémoire de ses ancêtres ne
signifie nullement mépriser ceux des autres.
Une culture ne demande pas pardon d’exister. Elle
se transmet, se documente, se valorise et se revendique avec dignité. Dire « je
suis fier de mon patrimoine » n’équivaut pas à dire « mon patrimoine est
supérieur au tien ». C’est précisément là qu’il faut faire la distinction entre
fierté identitaire et arrogance identitaire. La première enrichit la nation ;
la seconde la fragilise.
Le Gabon n’a pas besoin que ses communautés
effacent leurs différences pour construire l’unité nationale. Il a besoin
qu’elles apprennent à assumer leurs différences sans les transformer en
hiérarchie. Le Fang doit pouvoir être fier de son héritage fang, le Punu de son
patrimoine punu, le Nzebi du sien, le Myènè du sien, tout comme le Kota, le
Téké, le Mitsogho, le Massango, le Benga, le Pouvi, l’Akélé, l’Adouma, l’Okandais
et tant d’autres doivent pouvoir transmettre leur mémoire sans être soupçonnés
de vouloir dominer les autres.
Et surtout, la valeur d’une culture ne se mesure
ni au nombre de ses ressortissants, ni à la quantité de ses ressources
naturelles, ni au niveau de développement d’une province. Une culture n’a pas
besoin d’être économiquement riche pour être patrimonialement précieuse. Une
langue en voie de disparition, une danse ancestrale, un récit initiatique, un
savoir-faire, une tradition culinaire ou une mémoire orale peuvent avoir une
valeur inestimable pour l’histoire du Gabon.
Notre véritable défi n’est donc pas de savoir
quelle province serait « la meilleure ». Cette compétition est stérile. Notre
défi est de faire du Gabon une nation capable de dire : « Je connais et j’aime
ce que je suis, mais je respecte profondément ce que tu es. »
La cohésion nationale ne naîtra jamais de
l’uniformisation des identités. Elle naîtra d’un patriotisme qui rassemble des
identités assumées. Car un Gabonais qui ignore son patrimoine est
culturellement vulnérable ; un Gabonais qui connaît son histoire, respecte
celle des autres et participe à la construction du destin commun est une
richesse pour la République.
Alors oui au vivre-ensemble. Oui au refus du
tribalisme. Oui au dialogue entre communautés. Mais également oui à la fierté
culturelle, oui à la transmission patrimoniale et oui au droit de chaque peuple
du Gabon de raconter son histoire avec dignité.
Notre diversité n’est pas le problème. Le problème
commence lorsque nous transformons la différence en supériorité.
Soyons fiers de nos racines sans couper celles des
autres. C’est ainsi que l’arbre Gabon pourra grandir.
NDONG ASSOUMOU Romuald
aka Séif Mostley




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