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Gouvernance maritime dans le Golfe de Guinée : le Pr Steeve Nzegho Dieko analyse les défis de souveraineté et de coopération régionale

Dans une nouvelle contribution scientifique publiée dans les Cahiers Africains d’Études Politiques, le Pr Steeve Nzegho Dieko examine la gouvernance maritime du Golfe de Guinée, un espace stratégique où se croisent enjeux de souveraineté, sécurité, ressources naturelles, échanges commerciaux et coopération régionale.

Gouvernance maritime dans le Golfe de Guinée : le Pr Steeve Nzegho Dieko analyse les défis de souveraineté et de coopération régionale

Dans une nouvelle contribution scientifique publiée dans les Cahiers Africains d’Études Politiques, le Pr Steeve Nzegho Dieko examine la gouvernance maritime du Golfe de Guinée, un espace stratégique où se croisent enjeux de souveraineté, sécurité, ressources naturelles, échanges commerciaux et coopération régionale.

Le Golfe de Guinée occupe une place majeure dans les dynamiques géopolitiques et géoéconomiques africaines. Espace de circulation des marchandises, d’exploitation des ressources naturelles et de projection d’intérêts économiques et politiques, il représente à la fois une opportunité de développement et un territoire confronté à de nombreuses vulnérabilités. C’est autour de cette problématique que le Pr Steeve Nzegho Dieko, professeur et enseignant-chercheur en science politique à l’Université Omar Bongo de Libreville, consacre sa nouvelle étude intitulée « Gouvernance maritime dans le Golfe de Guinée : entre souverainetés nationales et coopération régionale ».

Un espace stratégique au cœur de multiples enjeux

Dans son analyse, l’auteur rappelle que l’importance du Golfe de Guinée ne repose pas uniquement sur sa position géographique. La région concentre d’importantes ressources halieutiques et énergétiques, des activités portuaires, des routes commerciales stratégiques ainsi que des espaces maritimes dont la maîtrise engage directement les intérêts économiques et géopolitiques des États riverains.

Cette richesse s’accompagne toutefois de plusieurs vulnérabilités : piraterie, criminalité maritime, trafics illicites, pêche illégale, concurrence autour des ressources et difficultés de coordination entre les différents dispositifs nationaux et régionaux.

Pour le chercheur, la question maritime doit ainsi être appréhendée dans une perspective globale, associant sécurité, souveraineté, développement économique, protection des ressources et coopération régionale.

La sécurité alimentaire, une dimension de la souveraineté maritime

L'étude accorde également une place importante aux ressources halieutiques. Dans plusieurs États riverains, celles-ci représentent à la fois une source d’alimentation, une activité économique et une ressource stratégique.

La gouvernance des espaces maritimes apparaît dès lors étroitement liée à la capacité des États à préserver leurs ressources, surveiller leurs zones de pêche et lutter contre les activités illicites. L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de ressources, mais d’être capable d’en assurer le contrôle et d’organiser durablement leur exploitation.

Une contradiction entre des menaces transnationales et des réponses nationales

L’un des principaux constats développés dans l'article réside dans le décalage entre la nature transnationale des menaces et l’organisation largement nationale des capacités de réponse.

Les activités criminelles peuvent rapidement franchir les frontières maritimes, alors que les moyens de surveillance, les capacités navales, les législations et les mécanismes d’intervention restent principalement structurés autour des souverainetés étatiques.

Cette situation conduit l’auteur à s’interroger sur la capacité des États et des organisations régionales à dépasser la simple juxtaposition des mécanismes existants pour construire une gouvernance maritime véritablement intégrée.

La coopération régionale comme instrument de souveraineté

L’une des idées fortes de cette contribution consiste précisément à nuancer l’opposition entre souveraineté nationale et coopération régionale.

Selon l’analyse proposée, coopérer ne signifie pas nécessairement abandonner une partie de sa souveraineté. La mutualisation de certaines capacités peut, au contraire, permettre aux États de mieux exercer leur autorité sur des espaces qu’ils ne peuvent pas toujours contrôler efficacement seuls.

Partage de l’information, coordination des centres de surveillance, opérations conjointes, patrouilles transfrontalières, harmonisation des législations et coopération judiciaire figurent parmi les leviers identifiés pour renforcer l’efficacité de la gouvernance maritime régionale.

Des mécanismes existent, mais leur articulation reste un défi

Le Pr Steeve Nzegho Dieko souligne que la région ne part pas de zéro. Plusieurs cadres de coopération ont progressivement été mis en place, notamment autour de la Commission du Golfe de Guinée, de la CEEAC, de la CEDEAO, du CRESMAC et du processus de Yaoundé.

Le problème réside donc moins dans l’absence de mécanismes que dans leur articulation effective.

Les différences de capacités entre les États, l’harmonisation encore incomplète des cadres juridiques et opérationnels ainsi que la coexistence d'intérêts nationaux et régionaux constituent, selon l'étude, des obstacles à l'émergence d'une gouvernance pleinement intégrée.

De la richesse maritime à la puissance stratégique

L’étude ouvre enfin une réflexion sur la capacité des États du Golfe de Guinée à transformer leurs atouts naturels et géographiques en véritables instruments de puissance.

La présence d’hydrocarbures, de ressources halieutiques, de ports et de grandes routes commerciales constitue un avantage géoéconomique important. Mais la possession de ces ressources ne suffit pas à garantir leur maîtrise. Celle-ci suppose des capacités de surveillance, de sécurisation, de protection des ressources et des institutions suffisamment solides pour assurer leur gouvernance.

Dans cette perspective, l’auteur défend une conception de l’autonomie stratégique qui ne signifie pas l’isolement. Elle renvoie plutôt à la capacité des États et des organisations africaines à définir leurs priorités, maîtriser leurs instruments d’action et préserver leurs intérêts dans leurs relations avec les partenaires extérieurs.

Construire une capacité stratégique collective

Au terme de son analyse, le Pr Steeve Nzegho Dieko estime que l’avenir de la gouvernance maritime du Golfe de Guinée dépendra de la capacité des États à dépasser la simple juxtaposition des dispositifs nationaux et régionaux pour construire une capacité stratégique collective.

L’objectif ne serait donc pas d’effacer les souverainetés nationales, mais de faire de la coopération un instrument permettant de les rendre plus effectives face à des menaces, des flux économiques et des enjeux qui dépassent les frontières.

Cette contribution scientifique invite ainsi à repenser la gouvernance maritime du Golfe de Guinée à partir d'une équation centrale : comment concilier souveraineté nationale, coopération régionale, sécurité et exploitation durable des ressources ?

Une réflexion particulièrement importante pour les États riverains et, plus largement, pour la construction d’une véritable autonomie stratégique africaine.

Référence : Steeve NZEGHO DIEKO, « Gouvernance maritime dans le Golfe de Guinée : entre souverainetés nationales et coopération régionale », Cahiers Africains d’Études Politiques, vol. 1, n°7, août 2026, pp. 5-16. L’article a été accepté le 3 septembre 2026 et publié le 4 septembre 2026.

 

Jean-Marc Obiang
Rédacteur en chef
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