Le premier Recueil des décisions et avis des juridictions financières publié par la Cour des comptes du Gabon lève un pan du voile sur près de trois décennies de jurisprudence financière. Couvrant la période 1994-2022, le document rassemble 83 actes, dont 55 arrêts et jugements, et fait apparaître 61 personnes physiques concernées par les différentes procédures.
Derrière ces chiffres
se trouvent des responsables administratifs, des comptables publics, des
dirigeants d'entreprises, des personnalités politiques, mais également des
requérants ayant saisi la juridiction financière.
Des milliards
de
FCFA
en
jeu
Certaines décisions
citées dans le recueil portent sur des montants particulièrement importants.
Le cas le plus
spectaculaire concerne Eugène Capito,
ancien Trésorier-payeur général, définitivement constitué débiteur de 114,069 milliards de FCFA, dans un arrêt
rendu le 26 février 2014. La somme était liée à des opérations non justifiées
portant sur plusieurs exercices budgétaires.
Émile Doumba, ancien ministre des
Finances, apparaît également dans le recueil avec un débet de 3,020 milliards de FCFA, assorti
d'amendes. La décision concernait notamment des droits de trafic sur les
hydrocarbures et les minerais dus au Conseil gabonais des chargeurs.
Autre personnalité
politique citée, Paul Mba Abessole,
ancien maire de Libreville, avait été déclaré débiteur de la municipalité à
hauteur de 2,074 milliards de FCFA,
avec une amende de 500 millions de FCFA pour gestion de fait.
Michel Andjembé, ancien directeur
général de la Documentation et de l'Immigration, est concerné par plusieurs
décisions. Celles-ci font notamment état d'un débet de 1,408 milliard de FCFA et d'un autre montant de 3,332 milliards de FCFA en débet
solidaire avec son ancien conseiller financier Lucien Deveau. Ces montants
concernent toutefois des procédures distinctes et ne doivent pas être
additionnés sans examen complet des dossiers.
Des sanctions
de
natures
différentes
Le recueil ne
concerne pas uniquement les débets portant sur des montants élevés.
Alfred Nguia Banda, alors directeur
général de la Marine marchande, a été mis en débet de 25 millions de FCFA et condamné à une amende de 2
millions de FCFA dans un arrêt du 28 octobre 2009.
Marcel Doupamby Matoka, ancien ministre
des Finances, a été reconnu coupable de faute de gestion pour avoir engagé des
dépenses sans crédits régulièrement ouverts au cours des exercices 1995 à 1997.
La Cour lui a infligé une amende de 9
millions de FCFA.
Hilaire Mbina Moussirou, ancien premier
questeur du Sénat, a quant à lui été condamné à une amende de 1,8 million de FCFA pour entrave à
l'action de la Cour, après ne pas avoir transmis certains documents demandés
dans le cadre du contrôle des comptes du Sénat.
Les 61
personnes
concernées
La publication
permet d'identifier 61 personnes physiques citées dans les 55 arrêts et
jugements sélectionnés. Leur présence dans le recueil ne signifie pas qu'elles
ont toutes été condamnées ou déclarées débitrices. Les situations juridiques
diffèrent selon les affaires.
Voici la liste des
personnes mentionnées :
- Luc Bengone Nsi
- Gaston Coniquet
- Blaise Allela
- Eugène Capito
- Fidèle Ntsissi
- Yolande Okoulatsongo
- Jean Massima
- Émile Doumba
- Romain Ikinda Nkolo
- Jean de Dieu Mounguenou
- Aloïse Ndassebe
- Jean Rémy Pendy Bouyiki
- Alfred Mabika Mouyama
- Odette Remanda
- Michel Andjembé
- Lucien Deveau
- Mondjo Boukila
- Guy Benjamin Ndounou
- Jean Baptiste Motho Ella
- Joseph Mickoto
- André Balland
- Jean Félix Ovenga
- Paul Mba Abessole
- Pierre André Rizombo
- Antoine Abiaghe Angoue
- Alfred Nguia Banda
- Vincent Moulengui Boukosso
- Jean-Claude Baloche Ondimba
- Régine Cardot
- Pierre Pieby Oyounbi
- Georges Madebe
- Jean Grégoire Makungu
- Koussou Inama
- Pierre Amoughe Mba
- Salomon Cabinda
- Guy Moussavou Mombo
- Firmin Pascal Ikabanga
- Samuel Mbaye
- Jean Marcel Essokamba
M’Abiri
- Mohamed Leflem
- Marcel Doupamby Matoka
- Paul-Marie Lissenguet
- Dominique Demulder
- Hilaire Mbina Moussirou
- Olivier Nzedi
- Jean Marie Mboumbou Makanga
- Henri Paturault Agnonye
- Eugène Lepouma
- Joseph Obame Ello
- Marie Thérèse Vane
- Nicolas Beyeme-Nguema
- Marius Foungues
- Antoine Yalanzele Dangouali
- Moussa Makan Sissoko
- Thérèse Tsinga
- Noël Borobo Epembia
- Fulbert Andjai
- Henri André Ogouamba
- Émile Wani
- Jean-Pierre Nkori
- Léopold Marius Andjai Ossiyi
Une liste
qui
ne
vaut
pas
condamnation
La Cour des comptes
précise, à travers la nature des décisions recensées, que les situations sont
diverses. Certaines personnes ont fait l'objet de débets ou d'amendes, tandis
que d'autres apparaissent comme requérantes dans des procédures ou dans des
affaires ayant donné lieu à un non-lieu, une révision ou une irrecevabilité.
C'est notamment le
cas des six derniers noms cités dans
l'affaire relative à la privatisation de Gabon Télécom et de Libertis. Ces
requérants demandaient à la Cour de déclarer certains actes de privatisation
non conformes à la Constitution. La requête avait finalement été déclarée
irrecevable, la Cour estimant que le contrôle de constitutionnalité ne relevait
pas de sa compétence.
Le recueil
mentionne également cinq personnes morales ou entreprises : Standard Bank PLC, Entrebat, Satom Gabon, Garage
Adam et Frères et Socoba-EDTPL. Là encore, leur présence dans le
document ne signifie pas automatiquement qu'elles ont fait l'objet d'une
condamnation.
Les 1 700
milliards
de
FCFA
en
question
Cette publication
intervient alors que le Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a annoncé le 1er
septembre dernier un montant global de 1
700 milliards de FCFA de débets et d'amendes à recouvrer.
Mais le recueil
couvrant les décisions de 1994 à 2022 ne permet pas, à lui seul, d'établir le
montant actuellement exigible auprès de chacune des personnes citées.
Une question
demeure donc centrale : sur les sommes
prononcées par les juridictions financières au fil des années, combien ont
effectivement été récupérées par l'État ?
C'est désormais l'enjeu majeur de la reddition des
comptes. Car si le prononcé des décisions constitue une étape essentielle du
contrôle des finances publiques, leur
exécution et le recouvrement effectif des sommes dues constituent l'autre
mesure de l'efficacité de la justice financière.
Sources : Cour des comptes du Gabon, Recueil des décisions et avis
des juridictions financières (1994-2022) ; GabonReview.






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