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ANPI-Gabon : quand créer une entreprise devient un parcours d’attente

Pensé pour simplifier la création d’entreprise et réduire les délais administratifs, le Guichet unique de l’ANPI-Gabon fait aujourd’hui face à des interrogations croissantes sur les délais réellement observés par certains usagers.

ANPI-Gabon : quand créer une entreprise devient un parcours d’attente

Pensé pour simplifier la création d’entreprise et réduire les délais administratifs, le Guichet unique de l’ANPI-Gabon fait aujourd’hui face à des interrogations croissantes sur les délais réellement observés par certains usagers. Alors que l’Agence a été longtemps associée à la rapidité des formalités, des porteurs de projets font désormais état de plusieurs semaines d’attente pour des dossiers pourtant présentés comme simples.

Le paradoxe du guichet unique

Sur le papier, le principe est clair : permettre à l’entrepreneur d’accomplir en un même lieu les formalités nécessaires à la création, à la modification ou à la cessation d’une entreprise, sans avoir à multiplier les démarches auprès de différentes administrations.

C’est précisément la raison d’être du Guichet de l’Investissement, institué au sein de l’ANPI-Gabon. Le dispositif doit notamment assurer l’information des opérateurs économiques, l’accomplissement des formalités administratives et la facilitation des relations avec les administrations concernées.

Avec le déploiement du Guichet Numérique de l’Investissement (GNI), cette logique devait franchir une nouvelle étape : dématérialiser les procédures, limiter les déplacements et accélérer le traitement des dossiers.

De 24 heures annoncées à plusieurs semaines d’attente ?

Le contraste avec les ambitions affichées au lancement du dispositif est aujourd’hui difficile à ignorer.

En 2018, l’ANPI annonçait vouloir ramener la création d’une entreprise à 24 heures, en s’appuyant notamment sur la centralisation de plusieurs administrations au sein du guichet unique.

Quelques années plus tard, les données communiquées par les autorités faisaient état d'un délai moyen de 3 à 5 jours selon le type d’entreprise. Une réforme qui avait permis de réduire considérablement les délais, qui pouvaient auparavant atteindre plusieurs semaines.

Aujourd’hui, des entrepreneurs et porteurs de projets rapportent toutefois des situations où la création d’une simple entreprise individuelle peut nécessiter trois à quatre semaines d’attente.

Ces témoignages méritent d’être documentés et confrontés aux délais officiellement annoncés par l’ANPI. Ils soulèvent surtout une question : que se passe-t-il entre le dépôt d’un dossier et sa validation finale ?

Une entreprise individuelle pourtant présentée comme une formalité simple

Le cas de l’entreprise individuelle est particulièrement révélateur.

Selon le GNI, cette forme juridique ne nécessite notamment ni rédaction de statuts ni capital social. L’ANPI présente elle-même parmi ses avantages des formalités de constitution rapides.

Dès lors, lorsque le traitement d’un dossier de cette nature s’étend sur plusieurs semaines, l’interrogation dépasse le simple désagrément administratif. Elle touche directement à l’environnement des affaires.

À quoi sert alors le guichet unique ?

C’est probablement la question centrale.

Le guichet unique devait précisément éviter à l’entrepreneur de passer d’un service administratif à un autre. La concentration des intervenants devait permettre de gagner du temps, de réduire les coûts indirects et d’améliorer la lisibilité des procédures.

Le Gouvernement rappelle d’ailleurs encore en 2026, dans le cadre de ses réformes administratives, que le principe du guichet unique vise à simplifier et accélérer les procédures.

Lorsque les délais s'allongent malgré cette organisation, il devient donc nécessaire d’identifier les éventuels points de blocage : vérification des pièces, validation par les administrations partenaires, problèmes d’interconnexion informatique, charge de travail, retours sur dossiers ou autres contraintes opérationnelles.

L’ANPI reconnaît elle-même des préoccupations

Le sujet n’est pas nouveau.

En février 2026, l’ANPI-Gabon a publié une communication faisant état de préoccupations exprimées par des usagers concernant les délais et certaines pratiques observées dans les procédures de formalisation des entreprises et d’obtention d’agréments.

L’Agence rappelle à cette occasion que le Guichet unique a pour vocation de réduire les délais, d’améliorer la transparence et de renforcer l’attractivité du Gabon. Elle souligne également le déploiement progressif du GNI et les contraintes techniques liées notamment à l’interopérabilité avec les administrations partenaires.

Un call center a également été mis en place afin d’orienter les entrepreneurs et de leur fournir des informations sur leurs démarches.

Un enjeu qui dépasse les seuls entrepreneurs

La question des délais de création d’entreprise touche directement la politique d’amélioration du climat des affaires.

Pour un jeune entrepreneur, plusieurs semaines d’attente peuvent signifier un contrat retardé, l’impossibilité de facturer, une activité commerciale repoussée ou encore des opportunités perdues.

Pour l’État, l’enjeu est plus large : faciliter la formalisation des activités, réduire le secteur informel et donner confiance aux investisseurs et entrepreneurs.

L’ANPI-Gabon dispose donc d’un outil conçu précisément pour rendre ces démarches plus simples. L’enjeu désormais est de savoir si l’expérience vécue par les usagers correspond aux performances attendues du dispositif.

Car si le Guichet unique a été créé pour faire gagner du temps à l’entrepreneur, chaque semaine d’attente supplémentaire mérite d’être expliquée.

 

Paul-Emmanuel Ella
Reporter sportif
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