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Climat : le Gabon ouvre à l'Afrique les portes du marché mondial du carbone

Libreville/Londres, 3 novembre 2026. Avec la cession de crédits carbone à l'énergéticien allemand SEFE, le pays transforme des décennies de préservation en actif financier.

Climat : le Gabon ouvre à l'Afrique les portes du marché mondial du carbone
C'est une première pour le continent. Le Gabon a signé mardi à Londres des accords de cession de crédits carbone souverains avec SEFE, groupe énergétique international détenu par l'État allemand. 

Le volume porte sur environ 6 millions de tonnes de CO2, éligibles au dispositif CORSIA, le mécanisme de compensation du secteur aérien international. Le pays devient ainsi le premier d'Afrique à commercialiser des crédits issus de la préservation de sa forêt.

Récompenser une forêt qui reste debout

Les crédits relèvent du standard ART-TREES et sont dits « juridictionnels » : ils s'appuient sur les résultats obtenus à l'échelle nationale. Le Gabon, pays à couvert forestier élevé et à faible déforestation (HFLD), est ici rémunéré pour avoir conservé son patrimoine naturel. Les premières livraisons sont attendues au plus tard au premier trimestre 2027.

Les autorités insistent sur un point : ce sont des unités de réduction d'émissions qui sont vendues, pas des terres ni des forêts. La propriété et la gestion du domaine forestier restent entièrement gabonaises.

Un acheteur choisi pour sa crédibilité

Pour l'Agence gabonaise pour le développement de l'économie verte (AGADEV), le choix de SEFE vise à prouver que les crédits gabonais satisfont aux exigences des marchés les plus matures, et à préparer de futures transactions. SEFE emploie plus de 2 000 personnes et fournit plus de 50 000 clients en gaz et en électricité. Son vice-président chargé des produits environnementaux, Nathan Dixon, souligne l'intérêt d'actifs soumis à une vérification indépendante, et salue la confiance accordée par Libreville pour une transaction inédite sur le continent.

La question du partage des revenus

Reste l'enjeu de la répartition. Les recettes de l'État seront cantonnées, c'est-à-dire mises de côté, jusqu'à l'entrée en vigueur du cadre réglementaire national, qui définira aussi la part revenant aux communautés. La directrice générale de l'AGADEV, Scyrielle P. Sende Etali, affirme que cette valeur doit d'abord profiter au Gabon et aux populations qui protègent les forêts, « dans la transparence ». Le texte réglementaire sera donc le véritable test de cette promesse.

Un jalon pour la diversification

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema présente la forêt comme un bien commun transmis aux générations futures, et affirme que le Gabon entend faire entendre sa voix sur les marchés climatiques. 

Créée en janvier 2025, l'AGADEV voit dans cette opération la première concrétisation de sa mission de monétisation du capital naturel, dans une logique de diversification de l'économie.
Jean-Marc Obiang
Rédacteur en chef
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