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Sucreries du Gabon : la grève révèle une crise sociale et industrielle profonde

À Franceville, l’arrêt de travail déclenché par les salariés des Sucreries du Gabon met en lumière des revendications sociales persistantes, mais aussi les fragilités d’une entreprise stratégique pour l’économie du Haut-Ogooué et l’approvisionnement du marché national.

Sucreries du Gabon : la grève révèle une crise sociale et industrielle profonde

Les Sucreries du Gabon connaissent une nouvelle période de tension. À l’expiration, le 18 septembre 2026, du préavis de grève transmis à la direction générale, les employés ont décidé de suspendre leur activité. Réunis autour de leur organisation syndicale, ils dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail et réclament des réponses concrètes de la direction.


Le mouvement intervient dans un contexte déjà marqué par de fortes incertitudes sur l’avenir de l’entreprise, héritière de l’ancienne Sucaf. Les salariés mettent en avant plusieurs préoccupations. Elles concernent notamment la santé et la sécurité au travail, la disponibilité des équipements de protection individuelle, les avantages sociaux, la formation ainsi que l’application de certaines dispositions prévues par les accords d’entreprise.
Les grévistes déplorent également l’insuffisance du dialogue social avec la direction. Pour eux, la reprise des échanges constitue un préalable essentiel à la résolution du conflit. Ils souhaitent que leurs demandes soient examinées dans un cadre formel et que des mesures précises soient arrêtées rapidement.

L’entreprise face à de lourdes difficultés industrielles

La crise sociale ne peut toutefois être dissociée de la situation économique et industrielle des Sucreries du Gabon. Le 28 août dernier, le gouverneur du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga, s’était rendu sur le site de l’entreprise, à la suite d’instructions du chef de l’État.
À cette occasion, la direction avait décrit une situation financière « très difficile et très menacée » et sollicité un soutien accru des pouvoirs publics. Le gouverneur avait alors assuré que l’engagement de l’État serait respecté afin de préserver l’outil de production.
Quelques semaines plus tard, le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Me Lubin Ntoutoume, effectuait à son tour une visite sur le terrain. Après avoir échangé avec la direction et les représentants du personnel, il soulignait la nécessité d’examiner « toutes les pistes » susceptibles de garantir la continuité des activités. « C’est un outil de travail qu’on ne peut pas abandonner », avait-il déclaré.

La modernisation de l’outil de production au cœur des inquiétudes

Au-delà des revendications immédiates, les salariés s’interrogent sur la capacité de l’entreprise à se maintenir durablement. La baisse de la production et l’état des équipements alimentent leurs préoccupations. Le directeur général, Ousmane Mabignath Sall, a lui-même reconnu récemment que l’appareil industriel était « très obsolète », malgré les efforts engagés pour maintenir les installations en fonctionnement.
Les employés estiment par ailleurs que les revenus générés par les ventes de sucre peuvent justifier un accompagnement plus soutenu de l’entreprise. Selon leurs déclarations, ces ventes auraient rapporté plus de 7,43 milliards de francs CFA entre janvier et septembre 2026. Ils demandent que cette situation soit prise en compte dans la recherche de solutions destinées à préserver l’activité et les emplois.
« On ne veut pas que notre entreprise meure », résume l’un des salariés, exprimant une inquiétude largement partagée au sein du personnel.

L’État attendu sur des mesures concrètes

Après les engagements exprimés par les autorités, les grévistes attendent désormais des décisions opérationnelles. Ils réclament la reprise du dialogue social, un examen de leurs revendications et des réponses susceptibles de garantir à la fois de meilleures conditions de travail et la pérennité de l’entreprise.
L’enjeu dépasse ainsi le seul conflit entre les salariés et la direction. La situation des Sucreries du Gabon pose également la question de la sauvegarde d’un outil industriel important pour l’approvisionnement du marché gabonais et pour l’activité économique du Haut-Ogooué.
La sortie de crise dépendra donc de la capacité des différentes parties à renouer le dialogue et à élaborer un plan crédible. Celui-ci devra répondre aux urgences sociales tout en s’attaquant aux difficultés financières, à la modernisation des équipements et à la continuité de la production.


Jean-Marc Obiang
Rédacteur en chef
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