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ONU : Erdogan veut en finir avec le pouvoir des cinq

Le débat sur la réforme de l’ordre international franchit un nouveau seuil.

ONU : Erdogan veut en finir avec le pouvoir des cinq

Le débat sur la réforme de l’ordre international franchit un nouveau seuil. Dans une tribune publiée par Bloomberg le 22 septembre 2026, le président turc Recep Tayyip Erdoğan appelle à l’abolition du droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies. Son constat est sans détour : selon lui, un système de décision construit dans l’après-Seconde Guerre mondiale ne correspond plus aux réalités géopolitiques du XXIe siècle.

Derrière le désormais célèbre slogan « Le monde est plus grand que cinq », Ankara remet directement en cause le privilège accordé aux cinq membres permanents — États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni. Erdoğan estime qu’ajouter de nouveaux États permanents ne suffirait pas à résoudre le problème : cela reviendrait, selon son analyse, à élargir un système de privilèges plutôt qu’à le remettre en question. Il plaide donc pour que l’abolition du veto constitue le point de départ d’une réforme plus profonde.

Cette position s’inscrit dans une doctrine diplomatique défendue depuis plusieurs années par la Turquie. Ankara considère que la concentration du pouvoir au sein du Conseil de sécurité limite la capacité de l’ONU à répondre efficacement aux crises internationales. Le gouvernement turc propose notamment de renforcer le rôle de l’Assemblée générale et de revoir la composition et les mécanismes de décision du Conseil afin d’élargir la participation des différentes régions du monde.

La proposition soulève toutefois une question majeure : comment réformer une institution dont la modification des règles dépend précisément de l’accord des États qui bénéficient aujourd’hui du système ? Toute réforme substantielle du Conseil de sécurité doit notamment passer par une modification de la Charte des Nations unies, ce qui suppose un processus politique et juridique particulièrement complexe. L’appel d’Erdoğan relève donc, à ce stade, d’une proposition politique visant à ouvrir un débat sur l’architecture du multilatéralisme, et non d’une réforme immédiatement applicable.

Au-delà de la Turquie, le débat renvoie à une question plus large : la gouvernance mondiale peut-elle rester organisée selon les rapports de puissance issus de 1945 alors que les équilibres économiques, démographiques et géopolitiques ont profondément évolué ? La Turquie défend une réponse radicale — supprimer le privilège du veto et empêcher qu’un État puisse bloquer durablement la volonté de la majorité. Reste désormais à savoir si cette revendication peut dépasser le stade du plaidoyer diplomatique et trouver un chemin politique au sein des Nations unies.


Jean-Marc Obiang
Rédacteur en chef
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