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Démocratie en Afrique : Steeve Nzegho Dieko met en garde contre une « décomposition » progressive du système

Dans une contribution publiée dans le numéro de septembre 2026 de la Revue Internationale de Droit et Science Politique, le politologue gabonais Steeve Nzegho Dieko propose une réflexion sur les transformations contemporaines du pouvoir et des institutions démocratiques en Afrique subsaharienne.

Démocratie en Afrique : Steeve Nzegho Dieko met en garde contre une « décomposition » progressive du système

Son analyse s’appuie notamment sur les travaux de Michel Foucault et d’Achille Mbembe pour interroger les rapports entre pouvoir, vie, vulnérabilité et fonctionnement démocratique.


Au cœur de cette réflexion figure une notion que l’auteur présente comme une proposition analytique : celle de « décomposition démocratique ». L’idée est de décrire des situations dans lesquelles les institutions démocratiques continuent officiellement d’exister — élections, constitutions, parlements, juridictions — alors que leurs fonctions de contrôle, de limitation et de réversibilité du pouvoir peuvent progressivement perdre de leur substance.

Quand les institutions demeurent, mais que leur substance s’affaiblit

Pour Steeve Nzegho Dieko, la décomposition démocratique ne signifie donc pas nécessairement la disparition des élections ou l’effondrement des institutions. Elle correspond plutôt à une distance croissante entre la forme institutionnelle de la démocratie et son fonctionnement réel.

L’auteur identifie plusieurs manifestations possibles : affaiblissement de l’alternance, fragilisation de la compétition politique, instrumentalisation des institutions, manipulation des règles constitutionnelles et électorales, contraction de l’espace public ou encore détérioration de la confiance des citoyens envers les institutions.

Cette grille de lecture repose sur quatre dimensions principales : la compétitivité politique, l’autonomie des contre-pouvoirs, la réversibilité du pouvoir et l’ouverture de l’espace public.

Le Gabon, le Bénin et le Cameroun comme terrains de comparaison

L’étude confronte trois trajectoires africaines : le Gabon, le Bénin et le Cameroun. L’auteur précise toutefois que ces pays ne sont pas considérés comme représentatifs de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Ils sont mobilisés comme des configurations différentes permettant de tester la portée de son approche théorique.

Le Bénin est notamment présenté comme un cas permettant d’observer le passage d’une période marquée par l’alternance institutionnalisée à une contraction progressive de la compétition politique. Le Gabon est analysé à partir des controverses électorales de 2016 et des questions liées aux mécanismes de contrôle et à la confiance électorale. Le Cameroun permet, quant à lui, d’interroger davantage les mécanismes d’exposition différenciée à la vulnérabilité.

L’auteur insiste néanmoins sur la nécessité de ne pas tirer de conclusions générales à partir de ces seuls cas. La notion de décomposition démocratique demeure, selon lui, une proposition qui devra être confrontée à des recherches empiriques plus systématiques.

De l’alternance à la dignité : repenser la démocratie

L’une des originalités de l’analyse est de ne pas limiter la démocratie à l’organisation périodique d’élections. Steeve Nzegho Dieko défend trois perspectives complémentaires : la banalisation de l’alternance, l’économie politique de la dignité et la politique de la respiration.

L’alternance renvoie à la possibilité réelle de voir le pouvoir circuler. La dignité replace au centre de l’action publique des enjeux tels que la santé, l’éducation, l’accès aux ressources essentielles et la réduction des vulnérabilités. Quant à la « respiration », inspirée notamment des travaux d’Achille Mbembe, elle renvoie à la possibilité pour les citoyens de vivre, participer et s’exprimer dans un espace politique ouvert.

Au fond, la réflexion invite à mesurer la démocratie non seulement à ses institutions, mais aussi à la capacité de celles-ci à limiter le pouvoir, garantir les droits et permettre aux citoyens de vivre dignement.

Une réflexion qui ouvre un débat

Par cette contribution, Steeve Nzegho Dieko propose donc moins un diagnostic définitif qu’une nouvelle grille de lecture des transformations politiques africaines. La « décomposition démocratique » est présentée comme un processus pouvant être progressif, discontinu et potentiellement réversible.

La question posée dépasse ainsi le seul fonctionnement des institutions : une démocratie peut-elle être considérée comme pleinement vivante lorsque ses formes demeurent, mais que ses mécanismes de contrôle, d’alternance et de protection du citoyen s’affaiblissent ?

C’est précisément sur cette tension entre démocratie formelle et démocratie substantielle que repose l’intérêt de cette contribution scientifique.


Article intégral : retrouvez l’étude de Steeve Nzegho Dieko dans son intégralité en téléchargeant la version PDF de la publication.

👉 Télécharger l’article au format PDF  : https://acesse.one/4x0m98p



Jean-Marc Obiang
Rédacteur en chef
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