Au Gabon, des entrepreneurs et porteurs de projets font aujourd’hui état de délais qui peuvent s’étirer bien au-delà de ce que l’on pourrait attendre pour une formalité aussi élémentaire, notamment lorsqu’il s’agit d’une entreprise individuelle.
Dans certains cas rapportés par les usagers, l’attente peut se prolonger pendant plusieurs semaines, voire davantage. Une situation qui pose une question simple : à quoi sert réellement un guichet unique si l’entrepreneur doit encore multiplier les démarches pour obtenir les documents nécessaires à la création de son activité ?
Le sujet mérite d’autant plus d’être posé que l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon) a précisément pour vocation de faciliter l’investissement et l’accomplissement des formalités liées à la création d’entreprise. Historiquement, le Gabon avait déjà affiché l’ambition de réduire fortement ces délais : en 2021, l’ANPI travaillait notamment sur un objectif de création d’entreprise en 48 heures et sur l’automatisation des procédures. La référence historique de la Banque mondiale montre également qu’en 2020, le parcours gabonais pouvait être accéléré pour certaines sociétés, avec une procédure express annoncée à un jour pour l’immatriculation, même si l’ensemble des formalités administratives pouvait nécessiter davantage de temps.
Ailleurs, la création d’entreprise se joue désormais en heures
Le contraste avec certains pays africains engagés dans une politique de simplification administrative est difficile à ignorer. Au Rwanda, le Rwanda Development Board indique qu’une entreprise peut être enregistrée en six heures, avec une procédure qui regroupe sous une même démarche l’immatriculation, l’identification fiscale et l’enregistrement à la sécurité sociale. Le service est également accessible en ligne.
Au Bénin, l’écart est encore plus parlant pour les petites structures. La plateforme publique MonEntreprise.bj annonce trois heures ouvrables pour la création d’une entreprise individuelle, entièrement en ligne. Le même dispositif permet de recevoir les documents d’immatriculation et les identifiants nécessaires sous forme dématérialisée. Les statistiques officielles béninoises indiquent par ailleurs un délai moyen de création des sociétés de 12 heures et 50 minutes en 2025.
Le Maroc, lui aussi, a accéléré sa transformation numérique. Depuis la généralisation nationale de la plateforme DirectEntreprise.ma en mars 2025, plus de 50 300 entreprises avaient été créées en ligne à début mai 2026, avec un délai moyen annoncé de trois jours et certains dossiers traités en 24 heures. L’OMPIC dispose désormais d’une plateforme permettant notamment de réserver un nom commercial, créer une entreprise, déposer des actes et effectuer différentes formalités en ligne.
Même en Éthiopie, où les procédures peuvent être plus complexes selon la nature du projet, les standards affichés sont nettement plus lisibles : l’Ethiopian Investment Commission annonce par exemple des délais de quelques heures pour plusieurs formalités, dont l’enregistrement commercial, et indique qu’une licence d’investissement peut être délivrée en une demi-journée lorsque toutes les conditions sont réunies.
Le problème n’est donc plus seulement le délai : c’est la prévisibilité
C’est probablement là que se trouve le véritable enjeu pour le Gabon. Un entrepreneur peut accepter qu’une procédure prenne 24 heures, 48 heures ou même quelques jours. Ce qui devient beaucoup plus problématique, c’est de ne pas savoir combien de temps elle prendra réellement.
Pour un jeune entrepreneur qui veut louer un local, ouvrir un compte bancaire, signer un contrat, répondre à un appel d’offres ou simplement commencer à facturer ses premiers clients, plusieurs semaines d’attente peuvent avoir des conséquences très concrètes. Une entreprise qui n’est pas officiellement créée ne peut pas fonctionner normalement. Chaque journée supplémentaire représente potentiellement une dépense, une opportunité perdue ou un client qui se tourne ailleurs.
Et lorsque l’usager doit se déplacer à plusieurs reprises pour obtenir une fiche circuit, rechercher l’avancement de son dossier ou comprendre quelle administration doit encore intervenir, le principe même du guichet unique mérite d’être interrogé.
Le guichet unique doit être plus qu’un lieu : un véritable parcours intégré
Un véritable guichet unique ne devrait pas simplement réunir plusieurs administrations dans un même environnement. Il devrait surtout supprimer les allers-retours entre administrations.
Pour une entreprise individuelle, le parcours idéal devrait être relativement simple : identification du demandeur, vérification des pièces, paiement, validation et délivrance des documents. Si une formalité complémentaire est nécessaire, elle devrait être déclenchée directement par le système, sans obliger l'entrepreneur à devenir lui-même l'agent de liaison entre plusieurs services publics.
C’est précisément ce que montrent les expériences rwandaise et béninoise : la simplification ne consiste pas uniquement à mettre un formulaire sur Internet. Elle consiste à connecter les administrations entre elles et à faire circuler le dossier plutôt que l’usager. Au Bénin, la plateforme indique ainsi qu’elle effectue les formalités auprès du tribunal, de l’administration fiscale et de la CNSS après le dépôt en ligne du dossier.
Quelle ambition pour l’ANPI ?
La question mérite donc d’être posée directement à l’ANPI : quel est aujourd’hui le délai réel de création d’une entreprise individuelle au Gabon ? Quel est le délai réglementaire ? Quel est le délai moyen constaté ? Combien de dossiers sont en attente ? Combien sont bloqués et pour quelles raisons ? Quel est le délai maximum de traitement ?
Une communication régulière sur ces indicateurs serait déjà une première réponse aux interrogations des entrepreneurs.
Car l’attractivité d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses ressources naturelles, à ses infrastructures ou aux avantages fiscaux proposés aux investisseurs. Elle se mesure aussi à une chose beaucoup plus simple : la facilité avec laquelle un citoyen peut transformer une idée en activité économique légale.
Le Gabon dispose d’entrepreneurs, de jeunes porteurs de projets et de compétences. Mais l’environnement administratif doit leur permettre d’avancer. Créer une entreprise ne devrait pas être un parcours d’endurance.
Si le pays veut encourager l’entrepreneuriat, lutter contre l’informel et élargir sa base productive, la première réforme pourrait être aussi simple que décisive : faire en sorte qu’un entrepreneur n’ait plus besoin de courir après son administration pour pouvoir commencer à travailler.
La question n’est finalement pas de savoir si le Gabon peut créer des entreprises en quelques heures. Le Rwanda, le Bénin et le Maroc montrent que c’est techniquement possible. La vraie question est de savoir si le Gabon veut faire de la rapidité, de la transparence et de la prévisibilité des standards ordinaires de son service public économique.








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